DECIMAL  COINAGE : A  PLAN  FOR  ITS  IMMEDIATE  EXTENSION  IN  ENGLAND  IN  CONNEXION  WITH  THE  INTERNATIONAL  COINAGE  OF  FRANCE  AND  OTHER  COUNTRIES

(Monnayage décimal : plan pour son application immédiate en Angleterre en rapport avec le monnayage international de la France et d’autres pays), par M. Fred. Hendriks, membre du conseil de la société statistique de Londres. Londres, Unwin, 1866.  In 8° de 48 p.

(Rapport fait à la séance de l’académie des sciences morales et politiques)

 

L’auteur de cette brochure, publiée à Londres en 1866, est M. Hendriks, membre de la société de statistique de Londres et auteur de nombreux mémoires financiers et statistiques, dont plusieurs ont été offerts à l’Académie [1].

En lisant la brochure de M. Hendriks, il est impossible de ne pas se sentir frappé du mouvement rapide opéré depuis peu en divers pays, dans le sens d’un rapprochement des divers systèmes monétaires entrevu comme un rêve par quelques écrivains du moyen-âge, mais graduellement réalisé dans la législation de plusieurs États modernes.

Trois mouvements distincts se dessinent depuis le commencement du siècle dans le rapprochement des systèmes monétaires de l’univers.

L’un de ces mouvements a pour objet l’association des systèmes dans le mode de décomposition et de groupement des unités : il s’opère par l’application du système décimal aux unités diverses qui conservent leur indépendance réciproque.

Un grand nombre d’États sont entrés dans cette voie assez récemment, et il y a en Europe seulement 212 millions d’âmes dont les monnaies sont assujetties à la division décimale adoptée aussi dans l’Amérique du Nord.  On voit rapprochés dans ce mode de subdivision le florin des Pays-Bas avec le franc de la France, de la Belgique et de l’Italie, et le florin d’Autriche avec le dollar américain.

Un second procédé dont l’Allemagne et l’Autriche ont donné l’exemple en 1857 est celui par lequel divers États conservent leurs unités monétaires distinctes, mais établissent entre elles des rapports qui facilitent la convertibilité réciproque des valeurs exprimées suivant chacune d’elles.  Les rapports entre le thaler, le florin du sud de l’Allemagne et le florin d’Autriche étaient, avant 1857, extrêmement compliqués.  Le traité austro-allemand de 1857 a établi l’équation suivante, qui simplifie toutes les relations entre ces trois unités : 4 thalers = 6 florins d’Autriche = 7 florins du sud de l’Allemagne. 70 millions d’âmes jouissent du bénéfice du rapprochement monétaire opéré par le traité en question.

Enfin, à côté de ces deux mouvements en quelque sorte convergents vers le rapprochement des systèmes monétaires, il en est un troisième, plus profond et plus satisfaisant dans ses résultats, qui tend à l’assimilation complète des systèmes adoptés pour la mesure de la valeur à l’aide des métaux précieux.

C’est ce qui s’est produit notamment, entre la France, la Belgique, la Suisse et l’Italie presque tout entière.  Le système monétaire, réglé parmi nous par la loi du 7 germinal an xi, avait, dès le commencement du siècle et sous l’influence de la politique française, pénétré la Belgique et le nord de l’Italie.  La formation récente du royaume italien a propagé ce système dans le midi de la péninsule, et la Suisse, qui dès 1850 avait adopté la législation française quant aux monnaies d’argent, s’y est rattachée aussi, quant aux espèces d’or, en 1860.  Une convention monétaire récente tend à cimenter et à perfectionner, par la suppression de certaines divergences secondaires, les liens existant déjà entre les législations de la France, de la Belgique, de la Suisse et de l’Italie.

Le grand-duché de Luxembourg est placé sous l’empire du même système; et, par delà les mers, la Nouvelle-Grenade, l’Équateur et le Chili ayant amené leurs piastres divisées en centimes à la valeur de 5 fr., ne sont plus séparés de notre loi monétaire, quant aux espèces d’argent, que par une cloison presque imperceptible.

L’Angleterre, notre proche voisine, est restée jusqu’à présent presque complètement en dehors de toutes ces heureuses transformations, qui tendent à rapprocher et coordonner les législations monétaires, et à faciliter les relations réciproques du commerce et des voyages internationaux.

Cependant, plusieurs de ses écrivains et de ses hommes d’État se sont préoccupés des rapprochements possibles entre la législation monétaire anglaise et celle de la France, de même que l’adoption du système métrique dans les poids et mesures a été discutée par le parlement britannique à une époque récente.

M. Hendriks s’est efforcé de résumer les efforts déjà faits relativement à la législation monétaire et de préciser deux progrès par lesquels il désirerait voir les monnaies de son pays rapprochées de celles de ce groupe considérable dont nous sommes le centre, et qui réunit dans la pratique de la numération par francs environ 67 millions d’Européens.

Les deux changements qui préoccupent M. Hendriks sont ceux que nous avons essayé de formuler comme l’expression des deux premiers moyens de rapprochement, distincts de l’identification complète et absolue.

L’honorable écrivain voudrait, d’une part, la subdivision complète de la livre sterling en décimes, centimes et millièmes; et, d’autre part la purification, s’il est permis de s’exprimer ainsi, de la livre sterling avec 25 fr. de notre monnaie d’or française.

Ce qui concerne la division décimale de la livre sterling à été déjà commencé sous l’influence éclairée du prince Albert; et, à la suite d’une motion faite en 1847 par sir John Bowring, on a frappé en Angleterre des pièces de 2 shillings, qualifiées quelquefois du nom germanique de florin, et qui ont été accueillies avec faveur dans la circulation.  Le florin est le décime de la livre sterling.  M. Hendriks demande qu’on pousse plus loin la subdivision décimale et qu’on frappe notamment des pièces de 40 et de 20 centimes de la livre sterling, équivalant à notre franc et à notre demi-franc.  Nous ne pouvons qu’applaudir à ce vœu qui placerait la Grande-Bretagne, relativement au système décimal appliqué aux monnaies, dans ce rang élevé et progressif que l’Autriche, l’Espagne et la Turquie même ont déjà pris, et dans lequel il semble que notre voisine puissante et éclairée n’eût pas dû se laisser devancer.

Mais une partie des résultats que M. Hendriks poursuit, dans sa réclamation pour la décimalisation de la livre sterling, échapperait à son ambition de publiciste, si cette unité restait absolument identique avec ce qu’elle est actuellement.  La livre sterling vaut environ 25 fr. 20 c. de notre monnaie, et cette légère différence laisserait, même après une subdivision décimale assez avancée, subsister certaines diversités entre les monnaies anglaises et celles de l’union française, italienne, belge et suisse.

Ainsi, les pièces de 40 centimes sterling vaudraient environ 1 fr. et de centime de notre monnaie.  On toucherait presque ainsi à l’identité des monnaies et on ne l’atteindrait pas.

M. Hendriks ne craint pas, et nous désirerions vivement que sa voix fût entendue, de demander à son pays de faire cesser cette différence imperceptible en ramenant le souverain à 25 fr. exactement.  Suivant lui, c’est à l’Angleterre à abaisser sa livre sterling de 20 centimes plutôt qu’à nous à modifier notre étalon d’or !

Notre monnaie d’or a, suivant M. Hendriks, une composition préférable à celle de la monnaie anglaise : elle est au titre de 9/10 or fin, titre dont le congrès international de statistique, tenu à Berlin en 1863, a demandé la généralisation, tandis que la monnaie anglaise est à 11/12.  Les 20 centimes dont le souverain dépasse nos 25 fr. sont rapidement retranchés par le frai et si la Grande-Bretagne consentait à cette modification, l’auteur ne doute pas que la France ne fit de son côté quelques sacrifices à la pensée d’un rapprochement, par exemple, suivant l’indication de l’auteur, en frappant des pièces de 25 fr. qui offriraient à l’Anglais, résidant ou voyageant dans notre pays, le type exact de sa monnaie nationale.

Nous ne voulons pas discuter au point de vue étranger les objections que M. Hendriks pourra rencontrer, non plus que les appuis dont son idée pourra se fortifier.  Nous souhaitons que sa pensée fasse des prosélytes et des adeptes, et nous verrions dans sa réalisation une conjoncture heureuse pour les progrès du commerce et des relations d’intérêt matériel entre deux Nations justement placées au premier rang de la marche civilisatrice de l’humanité.

Le système monétaire britannique se recommande déjà sous trois aspects à l’estime et jusque un certain point à l’imitation du monde.

1° Il est fondé sur l’or et nous croyons que l’avenir des systèmes monétaires est dans le sens de cette décision prise il y a près d’un siècle par les financiers anglais.

2° Il a établi par une coordination ingénieuse le concours subsidiaire des monnaies d’argent à cours limité pour l’appoint des monnaies d’or; et la combinaison réglée en Angleterre, en 1816, sous ce rapport, a déjà rencontre en Europe des imitations utiles et dignes de considération.

3° Enfin, ainsi que le remarque M. Hendriks, le système monétaire anglais identifie l’unité de compte et l’unité de circulation, tandis que plusieurs des systèmes européens et le nôtre en particulier admettent un écart quelquefois incommode entre l’unité de circulation fondée sur la convenance matérielle, unité représentée par la pièce de 5 fr. argent autrefois et aujourd’hui plutôt par le napoléon d’or en France, et l’unité de compte représentée par le franc dans notre pays, cette dernière unité, expression fréquente d’une tradition nationale plus ou moins ancienne, quelquefois peu en rapport avec l’augmentation ultérieure des valeurs en circulation.  Cette dernière particularité signale le système monétaire de l’Espagne et du Portugal encore plus que celui de la France.  Le réal espagnol est à peine monnayable; le réal portugais est inférieur à notre centime.

Les avantages du système monétaire anglais nous semblent incontestables, mais il a aussi de sérieux défauts.  Nous rangeons sous cette qualification le mélange du système vigésimal et du système duodécimal dans les subdivisions de la livre sterling, et aussi cette particularité de la constitution des unités principales adoptées dans la monnaie anglaise qui fait que la livre sterling et le florin anglais ont dans les systèmes monétaires du continent des similaires extraordinairement rapprochés, sans avoir atteint les avantages de la parfaite conformité.

Les propositions de M. Hendriks, développées avec talent dans sa brochure, auraient, suivant nous, pour objet de perfectionner considérablement l’organisation monétaire de son pays et d’établir entre elle et les législations du continent un point de contact utile et fécond.  Nous avons cru devoir les mettre en relief et les signaler à l’attention et à l’intérêt de l’Académie, en lui faisant hommage au nom de l’auteur de l’écrit qui les renferme.

 

E. de Parieu



[1] M. Hendriks est auteur notamment d’un mémoire important sur la Statistique de la Land Tax, d’un autre mémoire sur le Revenu de l’Inde, et de nombreuses Recherches sur la statistique de la mortalité et le calcul des rentes viagères en Suède, en Hollande et en Grande-Bretagne.

 

 

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